18h00.
Les vitres grandes ouvertes, l'air du dehors venant rafraichir nos visages, nous sommes heureuses. Heureuses de vivre. A dix-huit ans à peine nous faisons notre premier trajet en voiture toutes les deux, histoire d'inaugurer notre permis de conduire encore neuf. Je jette un coup d'½il à ma jumelle, Olivia, et je ne peux m'empêcher de ressentir un pincement au c½ur. Oli', de seulement cinq minutes mon ainée me surpasse en tout. C'est simple, elle est parfaite. Malgré notre physique ridiculement identique, les gens trouvent toujours quelque chose de plus à ma s½ur. Je ne leur en veux pas, c'est un fait que moi-même je ne peux pas nier.
18h05.
Le titre de Muse, Assassin nous plonge immédiatement dans une ambiance électrique, très rock. J'avoue ne pas bien regarder la route pendant l'espace de deux secondes mais je reprends tout de suite mes esprits et je me re-concentre. Nous arrivons à un feu rouge. Il passe au vert. Je change de vitesse et je démarre. Le cri perçant d'Olivia me transperce alors les tympans. Je tourne la tête dans sa direction. Et pourtant je ne peux rien faire pour empêcher le 4x4 de se jeter littéralement sur nous. C'est trop tard.
18h20.
J'ouvre péniblement un ½il, je ne comprends ce qui se trame, j'entends du bruit, des cris, je perçois vaguement une lumière qui pointe au loin. Je suis à mille lieues de comprendre ce qui s'est produit. Il me semble que j'ai mal, je n'en suis pas certaine. Je peine à sortir de ma torpeur. Je ne suis sure de rien. J'entrouvre l'autre ½il et quelqu'un, un badaud, se tient à mes cotés. Je tente de me souvenir des derniers événements. En vain. Mon environnement est toujours aussi sombre et mes dizaines de questions restent à s'entrechoquer violemment dans mon esprit. Je pense avoir mal à la tête et à la jambe. Mais ce n'est qu'une supposition. Peut-être n'est-ce qu'une illusion. Je plane.
18h25.
La personne repart. Jamais je ne connaitrai son identité. Je tente de me lever. Miraculeusement je parviens à aligner deux pas sans tomber. Je suis devant quelqu'un qui m'est inconnu. Une femme peut-être. Une fille plutôt, elle a l'air jeune. Je ne peux pas bien distinguer son visage, de vilaines balafres gâchent ses traits. Un homme s'approche lentement de moi.
« Daphnée Martin ? »
J'acquiesce.
« Est-ce votre s½ur ? »
En parlant il me montre du doigt la personne inconnue que je viens de dévisager. Je réponds non de la tête et je fais mine de partir. Mais l'interrogatoire n'as pas terminé.
« Où est-elle alors ? »
Je ne réponds pas. Je sais maintenant. Tout me revient en tête. Le croisement, le 4x4 , l'accident. NON ! C'est impossible. C'est impossible que cette forme sous cette couverture miteuse soit Olivia ! L'homme prend congé, ayant eu la réponse qu'il voulait. Je me dirige avec une lenteur insupportable vers l'espèce de drap où git une fille, La fille. Des larmes coulent sur mon visage, me brouillent la vue mais je ne m'en rends pas compte. Je passe outre mon effroi et je continue d'avancer. « Sois forte Daphnée, sois forte. Tu n'as pas le choix. »
Je dégage une mèche de cheveux poisseux de sang et je discerne de vilains bleus. Ma s½ur est jolie, même belle. Elle charme n'importe quel garçon en un clin d'½il et moi je suis invisible à ses cotés. Mais j'accepte la situation telle qu'elle est et je ne réplique pas parce que j'y suis habituée.
Ses yeux sont clos, oh, j'aimerais tellement revoir l'éclat de ses prunelles quand elle était joyeuse ! Son regard brillait et sa bouche souriait. Aujourd'hui elle est là. A même le sol. Et personne ne s'occupe d'elle. Ou alors ils le font silencieusement... Je regarde autour de nous et je ne vois aucune ambulance. Je comprends mieux, elle n'est pas encore arrivée et c'est surement un passant qui a posé cette vieille couverture sur le pauvre corps de ma s½ur. Pour la cacher aux yeux du monde. C'est répugnant. Cette façon d'agir. Olivia n'est pas mourante ! Je refuse de croire une telle idiotie.
18h53.
L'ambulance arrive enfin. Ce n'est pas trop tôt. On s'active autour d'Olivia et rien pour moi. Comme d'ordinaire. Mais c'est elle qui a besoin de soins. Pas moi. Je ferme les paupières, je redoute le moment crucial. Celui où un ambulancier va venir me donner des nouvelles de son état, et peut-être se préoccuper un peu de ma petite personne.
« Elle est partie, Daphnée. »
Je sursaute. Pardon ? Que vient-elle de dire, la femme-là ? Je n'ai pas bien saisi le sens de sa phrase. Mais QUI est parti, et OÙ ? Ne fais pas l'idiote Daphnée... Accepte la réalité telle qu'elle est, même si elle te blesse. Je regarde au loin, pour cacher mon désespoir à cette femme. Pourtant cette dernière me prend dans ses bras et je laisse libre court à mon chagrin. C'est impossible. Olivia n'avait que dix-huit ans et encore des milliers de choses à accomplir. Elle avait une famille à fonder, des enfants à aimer et un mari à choyer. Pourtant jamais elle ne connaitra ces bonheurs. Je me sens coupable. Elle s'est envolée. Là-bas. Dans ce pays inconnu d'où nul voyageur ne revient. Je serre encore plus fort la femme dans mes bras. J'ai besoin de soutien et de compassion, j'ai mal. Je voudrais être morte et qu'elle soit vivante. N'as-tu jamais appris que la vie n'était pas juste ? Eh bien maintenant tu as la preuve formelle.
© Loane.
« Bon là c'est plus évident que je ne parle pas de moi x)
C'est juste un petit quelque chose que j'ai écrit pour une galerie textuelle. Le thème était le drame. Que de choses joyeuses en effet depuis le début du blog :P
Bon j'avoue etre décue par ce texte. Comme on me l'a souvent dit, j'aurais du plus développer les sentiments, le ressenti. Mais je le trouvais déjà bien long et je n'avais pas le temps de faire des modifications. Espérons que le prochain texte soit mieux... =) »